« Eleonor Klène, usage numineux d’un état du monde crépusculaire »
          Par Frédéric Valabrègue, critique et historien d’art

          Septembre 2016

     

    Eleonor Klène restitue une possibilité de monde juste à côté du nôtre, un infra monde irradié appartenant aux débris de l’histoire récente et sis dans un géographie continentale dévastée, comme si ses vastes installations mixaient la solitude des parcs de loisirs récents mais déjà abandonnés aux lumières usées de la guerre froide.

     

    C’est d’abord un travail de sculpteur attentif aux qualités des matériaux où même les images sont traitées dans leur matérialité : structures pour l’aménagement d’espaces «récréatifs», cabines de plage, pédiluves sont attenants aux coffrets lumineux où une photographie cuite et recuite finit de s’assombrir, aux panneaux pédagogiques ou signalétiques d’issues de secours et de soins d’urgence. Ces vastes installations sculpturales invitent le spectateur à un parcours dont les stations sont parfois un texte comme, par exemple, Séjour à Podestat, roman et récit de voyage où le futur immédiat à des allures de ruine.

     

    Cependant ces éléments sculpturaux, photographiques et ces pages d’un étrange voyage fondant le passé récent dans l’avenir proche ne se contentent pas d’un constat entropique, ils cherchent au contraire ce qui les sort de ce déterminisme. Eleonor Klène écrit dans la quatrième de couverture de Séjour à Podestat : «Je parie qu’on peut déceler du numineux parmi les formes les plus standardisées. Une Annonciation dans une chambre froide, un Hortus Conclusus dans un hall d’immeubles, des traces de l’icône dans des protocoles d’hygiène». De très anciennes survivances s’attachent à des rituels profanes. Nous avons perdu des significations qui demeurent dans les formes et que l’artiste en quelque sorte exhume. Chacun des éléments sculpturaux et photographiques d’Eleonor Klène met en contact le sacré et le profane, non pas pour que l’un prenne le pas sur l’autre mais pour que cette ambivalence soit manifeste.
     

    Enfin, je voudrais attirer l’attention sur les qualités d’écriture de cette artiste qui, dans le cadre du livre mais aussi dans les stations écrites jalonnant ses installations, propose au lecteur-spectateur un itinéraire, une exploration, une recherche et surtout un usage amoureux d’un état du monde paraissant crépusculaire et hostile.

    A propos d'Annonciation, Exposition Rêvez, Collection Lambert en Avignon - Du 11 décembre au 5 juin 2017

    Par Eric Mézil, directeur de la Collection Lambert et commissaire des expositions

    Février 2017

    Le rapport à l'histoire de l'art est au coeur du processus de l'oeuvre d'Eleonor Klène, qui offre aux visiteurs une Annonciation des plus inventives, et pourtant la plus éloignée des représentations classiques. Depuis la fin du Moyen Âge, du maître de Flemalle à Piero della Francesca, de Pontormo à Léonard de Vinci, les artistes n'ont eu de cesse de trouver par l'originalité de leur composition, par leur lecture des évangiles ou de la Légende dorée de Jacques de Voragine, une astuce pour représenter l'épiphanie de l'image la plus emblématique de l'Art chrétien, celle de l'Annonciation, la première image mystérieuse qui allait codifier le dogme de l'Incarnation. Pas question au Moyen Âge que le regardeur, à l'époque le plus souvent analphabète, puisse imaginer que l'Archange Gabriel se soit présenté à la jeune Marie pour l'enfanter, d'où la création de séparation réelles ou symboliques entre ces deux êtres : Pontormo sépare les deux figures de chaque côté de la porte de l'église de Florence, Piero della Francesca invente un jeu de colonnes pour exclure toute ambigüité sexuelle, Léonard de Vinci crée un jardin avec une perspective qui construit une montagne triangulaire, symbole caché de la Sainte Trinité. Eleonor Klène sépare deux espaces distincts avec un voile de bandes de plastique qui permet la transparence du message christique sans enfreindre le code "moral" de l'Incarnation. De part et d'autres, des fioles, des matériaux subtils font figure de recettes alchimiques pour représenter au XXIème siècle une Annonciation d'une grande force moderne.

    A propos de Behind Mare Nostrum, résidence-performance dans le lazaret de la plage des Catalans - Du 23 mars au 27 mai 2017, Printemps de l'Art Contemporain

    Par Pietro Cortona, curateur et critique, pour la revue italienne FormeUniche

    Juin 2017

    http://formeuniche.org/behind-mare-nostrum-marsiglia/