Les cierges des lieux sacrés ne doivent jamais s’éteindre. Ils s’étaient peu à peu rallumés depuis notre arrivée : sur les pans de verre, au-dessus du bassin thermal ; et avalaient en propage la déreliction qui avait elle-même avalé le cours du temps visible. Hommage à l’homme, maintenant réalimenter les tubes, avant la touche finale de lumière. Je fixai chaque réglette sur la coque de plastique à fleur de pilotis, 11 par poste, ressertis les tubes et activai un à un leur fluorescence. Flashlight. Le gaz corseté dans le verre, argon et mercure ionisé, le gaz travaillait, vibrait, ses pulsations me témoignaient que ça vivait et conduisirent ma rêverie à imaginer la ville mythologique qui les alimentait. Un faisceau opalin irradiant ceinturait les postes qui semblaient en apesanteur, leurs fins pilotis avalés par l’incandescence aveuglante mêlée à la nuit. Des vaisseaux spatiaux sous tension, prêts à décoller.

    Extrait de " Séjour à Podestat ", p.86

    © Eleonor Klène